C’est une production ancrée dans trois traditions épistémologiques

C’est une production ancrée dans trois traditions épistémologiques

L’Histoire générale du Sénégal (HGS) : une réécriture fondée sur la diversité des sources

Le projet de réécriture de l’Histoire générale du Sénégal (HGS), conduit sous la direction du Pr Mamadou Fall après le décès du Pr Iba Der Thiam, repose sur un vaste travail scientifique visant à restituer l’histoire du pays dans toute sa diversité. Le projet compte 45 ouvrages synthétisés en 9 volumes, dans une organisation comparable à celle de l’Histoire générale de l’Afrique.

Selon le Pr Mamadou Fall, cette œuvre s’appuie sur trois grandes traditions historiographiques : les massalik et les tarikhs issus des traditions arabes, les récits de la découverte constitués notamment par la documentation coloniale et l’historiographie dynastique transmise par les traditions orales.

Ces différentes sources comportent leurs propres figures, silences et biais. La démarche de l’HGS entend donc les confronter à d’autres disciplines, notamment l’archéologie, la linguistique comparée, l’égyptologie africaine et l’anthropologie, afin de construire une lecture plus large et plus critique du passé sénégalais.

Une histoire qui se veut inclusive

Pour le Pr Mamadou Fall, l’ambition de l’HGS dépasse les récits centrés sur les dynasties, les aristocraties ou la période coloniale. Il s’agit de raconter l’histoire d’un pays dans toute sa diversité, en intégrant les différentes communautés, les femmes, les populations rurales, les élites traditionnelles et les acteurs longtemps restés en marge des récits historiques.

Cette approche replace également le Sénégal dans un espace historique plus vaste, marqué par les échanges avec l’Égypte, le Sahara, l’Éthiopie, le Soudan et la boucle du Niger.

L’histoire nationale est ainsi présentée comme le résultat de rencontres entre pasteurs peuls, agriculteurs wolof et sérères, cavaliers et commerçants soninké, chasseurs malinké et de nombreux autres groupes ayant participé à la construction des sociétés sénégalaises.

Le rôle des mythes dans la construction historique

Interrogé sur les critiques ayant accompagné les premiers volumes, le Pr Mamadou Fall souligne que les mythes doivent être étudiés comme des éléments importants de la mémoire collective.

Il cite notamment le cas de Ndiadiane Ndiaye, dont le récit existe sous différentes versions, notamment berbère, sérère, fulbé et soninké. Pour l’historien, ces divergences n'annulent pas la portée historique et symbolique du récit. Le mythe peut ainsi contribuer à exprimer une mémoire collective et à renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté historique.

Une nation sénégalaise avant la colonisation

Le Pr Mamadou Fall défend également l’idée d’une communauté sénégalaise antérieure à la colonisation. Il l’analyse à travers des éléments historiques, linguistiques et culturels communs entre plusieurs populations.

Les échanges entre Soninké, Fulbé, Sérères, Wolof, Berbères et Bainouk, les liens linguistiques, certaines pratiques religieuses et les mécanismes de parenté à plaisanterie sont présentés comme autant d’éléments témoignant de relations anciennes entre les communautés.

Cette lecture considère donc la nation comme une construction historique progressivement constituée, bien avant les frontières coloniales.

« Remettre notre histoire à l’endroit »

Pour le responsable du projet, l’objectif de l’HGS n’est pas simplement de compiler les connaissances existantes, mais de réécrire l’histoire à partir des réalités propres aux sociétés sénégalaises.

Il s’agit notamment de restituer le temps long, de replacer les événements dans leurs contextes, de redéfinir l’histoire des différents terroirs et de donner une place aux parcours des figures historiques comme aux expériences des communautés.

Cette entreprise est également présentée comme un moyen de renforcer la connaissance du passé, la confiance culturelle et le sentiment d’appartenance à une histoire commune. Selon cette perspective, une meilleure connaissance de l’histoire peut permettre de comprendre les héritages du passé, d’éviter certaines erreurs et de contribuer à construire l’avenir.

Le projet HGS entend ainsi participer à la consolidation de l’État-nation sénégalais tout en ouvrant la réflexion sur le panafricanisme et la place de la diaspora sénégalaise dans le monde.

Source : Le Soleil

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