Le rapport 2024-2026 de l’Histoire générale du Sénégal (HGS) retrace la construction du pays à travers cinq grandes périodes, des premiers peuplements jusqu’aux transformations politiques et sociales contemporaines. Cette chronologie met en évidence une histoire faite de circulations de populations, de formations politiques, d’échanges commerciaux, de résistances, de colonisation et de recompositions de l’État.
Des premiers peuplements à l’émergence des premiers États
La première période, qui s’étend des origines au Xe siècle, est marquée par les premiers peuplements et la formation de communautés organisées. Les amas coquillers du delta du Saloum, les mégalithes de Sine Ngayène et de Wanar ainsi que les anciens sites d’habitat témoignent de ces sociétés, d’abord tournées vers la chasse, la pêche et la cueillette, puis progressivement vers l’agriculture et l’élevage.
Deux grands foyers se distinguent : la vallée du fleuve Sénégal, où se rencontrent agriculteurs et pasteurs, et le bassin de la Casamance, marqué notamment par le développement d’une civilisation du riz adaptée aux zones humides.
À partir du IVe siècle, l’essor de l’empire du Wagadu constitue une étape importante. Son contrôle des routes commerciales transsahariennes et des zones aurifères favorise les échanges et les circulations dans la région. Son affaiblissement au XIe siècle entraîne de nouveaux déplacements de populations et la diffusion de savoir-faire à travers la Sénégambie.
Entre le Xe et le XVe siècle apparaissent de grandes formations politiques. Le Tekrour devient un important État de la vallée du fleuve Sénégal et l’un des premiers espaces islamisés de la région. L’expansion de l’empire du Mali favorise parallèlement l’installation des Mandingues et la constitution du Gabbu.
Dans le Nord, le Djolof se structure autour de Ndiadiane Ndiaye. Le pouvoir royal vient alors se superposer aux organisations anciennes fondées sur l’autorité des « Lamanes », considérés comme les premiers maîtres de la terre.
La période atlantique et les transformations politiques
Du XVe au XIXe siècle, l’installation progressive des Européens sur les côtes ouvre une nouvelle période. Gorée et Saint-Louis deviennent des pôles importants du commerce maritime. L’intensification de la traite des esclaves bouleverse les équilibres politiques et sociaux, tout en renforçant le pouvoir de certaines aristocraties guerrières.
Cette période est également marquée par des résistances, des réformes religieuses et d’importants mouvements de populations. En 1776, la révolution Torodo transforme le Fouta Toro avec la mise en place d’un régime islamique.
Les royaumes du Sine et du Saloum conservent leurs structures politiques et leurs traditions, tandis que les Lébous, les Niominka et d’autres communautés côtières développent leurs activités de pêche, de navigation et de commerce.
La conquête coloniale et la transformation du territoire
Au XIXe siècle, la conquête française accélère la prise de contrôle des territoires et des échanges. Plusieurs figures s’opposent à cette progression ou portent des projets politiques et religieux concurrents, parmi lesquelles Lat Dior, El Hadj Omar Tall et Maba Diakhou Ba.
En Casamance, Aline Sitoé Diatta devient notamment l’une des figures associées à la défense des communautés face aux contraintes imposées par l’administration coloniale.
La colonisation transforme également profondément l’économie. Le développement de la culture de l’arachide fait du Cayor, du Baol et du Saloum d’importantes zones de production. Les chemins de fer assurent la liaison entre les régions agricoles et les ports, tandis que Dakar s’impose progressivement comme un centre administratif majeur de l’Afrique occidentale française.
Dans ce contexte, les confréries religieuses développent de nouvelles formes de solidarité et d’organisation économique. Le mouridisme, notamment, structure des communautés agricoles autour des daaras.
De l’indépendance aux transformations contemporaines
La cinquième période, de 1955 à 2024, couvre la lutte pour l’indépendance, la construction de l’État moderne et les principales transformations contemporaines.
L’indépendance de 1960 ouvre une période de construction nationale et de centralisation administrative. L’échec de la Fédération du Mali et la crise politique de 1962 illustrent cependant les difficultés des premières années de l’État indépendant.
Les décennies suivantes sont marquées par les politiques de développement, les crises économiques, la dévaluation du franc CFA en 1994 et différentes mobilisations sociales. Les alternances politiques de 2000, 2012 et 2024 sont présentées comme des étapes de l’enracinement de la culture démocratique.
L’histoire récente reste également marquée par la question casamançaise, les inégalités territoriales, l’emploi des jeunes et la gestion des ressources naturelles.
À travers ces cinq grandes périodes, le rapport présente ainsi le Sénégal contemporain comme le résultat d’une construction historique progressive, façonnée par les brassages de populations, les échanges, les résistances et les recompositions politiques et sociales.
Source : Le Soleil