Dr Mamadou Yéro Baldé : « Il faut redonner à la profession enseignante son image de bâtisseur d’hommes et de femmes »

Dr Mamadou Yéro Baldé : « Il faut redonner à la profession enseignante son image de bâtisseur d’hommes et de femmes »

Spécialiste de l’histoire de l’enseignement et maître de conférences à la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (Fastef), le Dr Mamadou Yéro Baldé dresse un constat critique sur la profession enseignante au Sénégal. Dans un entretien accordé à Le Soleil, il insiste sur la nécessité de rendre le métier plus attractif en restaurer l’image de l’enseignant comme bâtisseur d’hommes et de femmes.

Une vocation en mutation

Selon le Dr Baldé, les motivations des jeunes enseignants ont profondément changé. Là où, autrefois, la vocation était animée par la passion, le patriotisme et l’amour des enfants, elle est aujourd’hui souvent guidée par l’insertion professionnelle et la recherche de stabilité. « La vocation s’efface désormais derrière une politique de la survie », observe-t-il.

Cette transformation s’accompagne d’une réduction drastique des durées de formation initiale. Les instituteurs, qui bénéficiaient auparavant de trois ans de formation dans les écoles normales régionales, n’ont aujourd’hui que quelques mois. À la Fastef, le Certificat d’aptitude au secondaire a été réduit de deux ans à un an. Pour le chercheur, cette formation rapide ne permet pas de maîtriser l’ensemble des compétences nécessaires à l’exercice de la profession.

Refonte des référentiels et investissements nécessaires

Le Dr Baldé plaide pour une refonte profonde des référentiels de formation, qu’il décrit comme un « ensemble articulé d’aptitudes et de compétences ». Selon lui, ces référentiels doivent être adaptés aux réalités socio-économiques actuelles et soutenus par des investissements conséquents, des infrastructures adéquates et une politique dynamique de financement.

Concernant les compétences transversales et technologiques, il souligne les efforts du département de technopédagogie de la Fastef, mais estime qu’ils sont insuffisants. L’enseignant doit continuer à se former par lui-même, en tirant profit notamment des indemnités de recherche et de l’accès à internet.

Le climat d’apprentissage : un facteur clé

Pour le Dr Baldé, le climat d’apprentissage est un levier central de l’engagement scolaire. « Un environnement conflictuel, un manque de matériel ou d’infrastructures provoquent démotivation et baisse de performance », indique-t-il. Un enseignant confronté à ces difficultés risque de se détacher des résultats de ses élèves et de perdre son enthousiasme.

Revalorisation : une responsabilité partagée

Enfin, le Dr Baldé estime que la revalorisation de la profession commence d’abord par l’enseignant lui-même : se former davantage, renforcer sa moralité et incarner pleinement son rôle de serviteur de l’État. L’État, de son côté, a un rôle déterminant dans la soutien institutionnel et la valorisation de la fonction. Selon lui, le salaire n’est pas le facteur principal, même s’il nécessite des alignements.

« Il faut redonner à la profession son image de bâtisseur d’hommes et de femmes », conclut le Dr Baldé, rappelant que l’engagement et la passion des enseignants sont au cœur de la réussite du système éducatif.

Source : https://lesoleil.sn/

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