École El Hadji Omar Ndiaye de Ziguinchor : l’établissement qui accueille toutes les différences

École El Hadji Omar Ndiaye de Ziguinchor : l’établissement qui accueille toutes les différences

À Boucotte Est, entre le marché Saint-Maur et la station-service Esso, une école publique défie chaque jour les préjugés, le manque de moyens et le handicap. L’école élémentaire El Hadji Omar Ndiaye, qui accueille plus de 110 enfants en situation de handicap, est bien plus qu’un lieu d’apprentissage : c’est un espace de vie où l’inclusion se construit au quotidien, dans les gestes, les regards et la solidarité enfantine. Immersion dans cet établissement qui prouve que l’école peut être à la fois un refuge et une promesse.

ZIGUINCHOR – Il est un peu plus de 9 heures, ce lundi 12 janvier. Dans la cour sablonneuse de l’école élémentaire publique inclusive El Hadji Omar Ndiaye, le silence surprend. Un calme fragile accueille le visiteur. Pourtant, derrière cette apparente tranquillité, l’établissement vit intensément.

Créée en 1966, cette école chargée d’histoire est devenue, au fil des années, un symbole fort de l’éducation inclusive à Ziguinchor. Ici, aucun enfant n’est laissé en rade. Qu’il soit valide ou porteur de handicap, riche ou pauvre, chacun franchit la même porte : celle du savoir. Un principe consacré par les textes internationaux, notamment l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et les articles 28 et 29 de la Convention relative aux droits de l’enfant, qui stipulent que « chaque enfant a droit à une éducation de qualité ». À El Hadji Omar Ndiaye, cette exigence prend une dimension concrète.

Dans les salles de classe, se côtoient élèves sourds, autistes, déficients intellectuels, enfants atteints de troubles du langage ou de handicaps moteurs, aux côtés de leurs camarades dits « ordinaires ». Tous partagent les mêmes bancs, les mêmes cahiers et les mêmes rêves.

Plusieurs fois distinguée, notamment par le Prix du Président de la République pour l’éducation inclusive, l’école porte toutefois les stigmates du manque de moyens : salles exiguës parfois assimilables à des abris de fortune, mobilier insuffisant, équipements quasi inexistants.

Pourtant, ces difficultés n’entament pas la détermination du personnel éducatif.

Quand la cloche de la récréation retentit à 11 heures, la cour se transforme. Les rires éclatent, les jeux s’organisent spontanément. Sur son fauteuil roulant, B. D., élève en CE2 atteinte de paralysie cérébrale motrice et de troubles du langage, est entourée de ses camarades qui l’aident et l’intègrent naturellement. Ici, la différence n’est ni montrée du doigt ni source d’exclusion : elle est vécue, acceptée et partagée.

Une pédagogie fondée sur la patience et la rigueur

Dans la classe de CI, Oulimata Komo Diagne Dieng fait face à un effectif impressionnant : 81 élèves, dont 23 en situation de handicap. Certains pleurent, d’autres se lèvent sans cesse. L’enseignante, imperturbable, alterne explications, gestes en langage des signes et rappels à l’ordre empreints de douceur.

« Je comprends ces enfants et leurs camarades aussi. Nous leur apprenons à s’accepter mutuellement. Ce n’est pas facile, mais avec l’engagement de toute l’équipe, nous avançons. Nous faisons classe tout en prenant en charge ces enfants, parce qu’ils sont avant tout les nôtres », confie-t-elle.

En CP, Mme Touré, assistée de l’auxiliaire de vie scolaire Agna Dieng Manga, encadre 41 élèves dont 11 porteurs de handicap. Sourds, autistes, déficients intellectuels : la diversité est palpable.

« Nous devons nous adapter, car certains enfants ont plus de difficultés à comprendre. Mais il y a aussi des élèves sourds très brillants. Nous faisons des sacrifices pour eux, car ils ont exactement les mêmes droits à l’éducation que les autres », explique-t-elle.

Dans la classe de CP B, Aliou Sané suit 42 élèves, parmi lesquels six présentent des troubles neurodéveloppementaux. Il insiste sur le besoin de moyens adaptés.

« Ces enfants ont des besoins spécifiques, surtout sur le plan pédagogique. À la maison, ils sont parfois livrés à eux-mêmes. Ici, nous faisons tout pour qu’ils soient acceptés et à l’aise. Mais nous manquons de matériel et les infrastructures ne sont pas adaptées. Certains abandonnent même l’école faute de moyens de transport », alerte-t-il.

Ne pas enfermer ces enfants à la maison

Point focal de l’éducation inclusive, Adama Diouf rappelle le chemin parcouru.
« Depuis 2008, l’école est partenaire du projet Éducation inclusive. En 2012, nous sommes devenus une école-témoin avec Humanité et Inclusion. Aujourd’hui, nous accueillons plus de 110 enfants en situation de handicap », explique-t-il.

Ces élèves sont répartis dans les différentes classes avec un dispositif spécifique.
« Nous avons six classes pilotes où des enseignants titulaires travaillent avec des auxiliaires de vie scolaire, notamment pour le langage des signes. Notre objectif est la socialisation et l’égalité des chances. Depuis neuf générations, nous enregistrons 100 % de réussite au CFEE pour les élèves sourds », révèle-t-il avec fierté.

Au-delà des apprentissages, l’établissement mise sur des activités ludiques et artistiques pour favoriser l’épanouissement : perlage, arts plastiques, bientôt gymnastique et fitness.

« Ces enfants ne doivent pas être enfermés à la maison. Ici, il n’y a aucune stigmatisation. Nous développons le tutorat et les valeurs de solidarité », affirme M. Diouf, tout en soulignant les défis persistants : éloignement de certains élèves, salles non adaptées et tranches d’âge parfois élevées.

Un engagement à poursuivre

Pour Boniface Sadio, chargé de projet Éducation inclusive à Humanité et Inclusion, le message est sans équivoque :
« Tous les enfants ont leur place à l’école. L’éducation est un droit fondamental, quel que soit le handicap ou le rang social. À El Hadji Omar Ndiaye, les enfants sourds ne sont plus laissés pour compte. »

Il met en avant l’impact psychologique de cette prise en charge.
« Nous redonnons espoir à des parents longtemps désespérés. Ces enfants ont un potentiel réel et s’adaptent très vite lorsqu’on leur en donne la chance. »

Parmi ces parents, Omar Ndiaye, père de trois enfants sourds, témoigne avec émotion.
« Mes deux filles ont fréquenté cette école, réussi leur entrée en sixième et sont aujourd’hui au collège de Boucotte Sud. Mon troisième enfant y est encore. Ils sont sourds, mais très intelligents. L’une de mes filles a toujours été première de sa classe. »

Il lance un appel aux autorités :
« L’État doit accompagner davantage cette école. Elle a transformé ma vie et celle de mes enfants. Grâce à l’éducation reçue ici, ils ont gagné en dignité et en confiance. »

À l’école El Hadji Omar Ndiaye, l’inclusion n’est pas un slogan. C’est une réalité construite dans la patience, le dévouement et l’humanité. Malgré le manque de moyens, cet établissement démontre chaque jour qu’avec volonté et solidarité, l’éducation peut véritablement devenir un droit pour tous.

Source : https://lesoleil.sn/

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