Métier d’enseignant : une profession à revaloriser au-delà du salaire (2/3)

Métier d’enseignant : une profession à revaloriser au-delà du salaire (2/3)

Face à la crise de vocation qui touche le corps enseignant au Sénégal, plusieurs acteurs du secteur estiment que la revalorisation du métier ne peut se limiter à la seule dimension financière. Selon eux, il s’agit d’un chantier global qui engage à la fois l’État, la société et les collectivités territoriales.

Des responsables syndicaux et des acteurs de la société civile appellent ainsi à une reconnaissance plus forte du statut social de l’enseignant. Pour Amidou Diédhiou, la revalorisation doit d’abord passer par un changement de regard porté sur la profession. Il suggère notamment que la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque 5 octobre, soit davantage mise en valeur à travers des distinctions honorifiques, afin de souligner l’engagement et le mérite de ceux qui œuvrent au quotidien pour l’éducation des enfants.

Cheikh Mbow, directeur exécutif de la Cosydep, insiste pour sa part sur la responsabilité collective dans la valorisation du métier. Il estime qu’une société qui respecte ses enseignants et les considère comme des piliers du développement favorise naturellement l’émergence et le maintien des vocations. À l’inverse, lorsque l’échec scolaire est systématiquement imputé aux enseignants, leur image se dégrade et l’attrait du métier s’effrite.

Selon lui, les collectivités territoriales ont également un rôle déterminant à jouer, notamment en améliorant le cadre matériel des écoles. Des infrastructures adaptées, des équipements adéquats et un environnement de travail sain contribueraient à renforcer le bien-être professionnel des enseignants et à rendre la profession plus attractive. Il plaide ainsi pour une meilleure intégration des enseignants dans les dynamiques locales de développement.

Sur le plan des politiques publiques, Cheikh Mbow appelle à des stratégies cohérentes et durables, axées sur l’amélioration des conditions de travail, le dialogue social continu et une gouvernance participative du système éducatif. Il souligne que le soutien institutionnel, le respect, la reconnaissance morale et les perspectives d’évolution professionnelle sont autant de leviers capables de raviver l’engagement des enseignants.

El Hadj Malick Youm, secrétaire général national du Saemss, évoque des exemples internationaux pour illustrer l’importance accordée à la profession enseignante. Il cite notamment certains pays asiatiques où l’enseignant est considéré comme une priorité nationale, ainsi que le modèle marocain, qui met en place des mécanismes d’accompagnement social facilitant l’accès au logement, à la mobilité et à divers services.

Spécialiste de l’éducation et maître de conférences à la Fastef, le Dr Mamadou Yéro Baldé apporte un éclairage académique sur l’évolution de la vocation enseignante. Selon lui, les motivations qui poussaient autrefois les jeunes à embrasser cette carrière ont profondément changé. L’enseignement, autrefois perçu comme un engagement au service de la société, est désormais souvent envisagé comme une solution de stabilité professionnelle dans un contexte économique incertain.

Source : https://lesoleil.sn/

Cette transformation est accentuée, selon le chercheur, par les insuffisances de la formation initiale. Il déplore la réduction progressive de la durée de formation des enseignants, qui ne permet plus d’acquérir l’ensemble des compétences pédagogiques, didactiques et relationnelles nécessaires à l’exercice du métier. La formation, rappelle-t-il, constitue le socle de la profession et conditionne largement la qualité de l’enseignement dispensé.

Le climat d’apprentissage apparaît également comme un facteur déterminant. La qualité des relations entre enseignants et élèves influence directement l’engagement professionnel. Lorsque l’enseignant se heurte à des difficultés constantes pour assurer ses cours, il peut progressivement se détacher des résultats des élèves et perdre sa motivation.

Pour l’ensemble des acteurs interrogés, la crise actuelle ne traduit pas un rejet soudain de l’école, mais résulte plutôt d’un cumul de frustrations, liées aux conditions d’exercice, au manque de reconnaissance et à l’absence de perspectives claires. Une revalorisation globale du métier apparaît ainsi comme une nécessité pour redonner sens et attractivité à la profession enseignante.

Category