La question du recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par des institutions guinéennes alimente depuis plusieurs jours un débat animé au sein de la communauté universitaire. Entre défense de la mobilité académique et dénonciation de pratiques jugées irrégulières, les positions divergent et interpellent les autorités.
Pour certains universitaires, à l’image du Pr Meissa Diakhaté, cette dynamique relève d’une circulation normale des compétences et participe au rayonnement académique du Sénégal dans l’espace sous-régional. À l’opposé, l’ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le Pr Ibrahima Thioub, y voit une dérive assimilable à un « travail au noir internationalisé », susceptible d’affaiblir durablement les universités publiques sénégalaises.
Face aux nombreuses réactions suscitées par cette situation, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri) est monté au créneau pour clarifier sa position. La tutelle reconnaît que la mobilité académique constitue une pratique ancienne et légitime dans le monde universitaire, mais insiste sur la nécessité absolue de son encadrement par les textes réglementaires en vigueur.
Le ministère a ainsi rappelé aux recteurs des universités publiques leur responsabilité dans le respect strict des lois encadrant l’exercice des enseignants-chercheurs. En particulier, le principe d’exclusivité de l’emploi dans la fonction publique demeure la règle, avec des possibilités de cumul limitées et clairement définies par la législation nationale.
Selon le Mesri, un enseignant-chercheur sénégalais en activité ne peut être engagé par la fonction publique d’un autre pays que dans le cadre d’accords de coopération officiellement ratifiés et conformément aux mécanismes prévus par la réglementation. Toute autre forme d’engagement serait contraire aux dispositions en vigueur.
Le ministère réfute par ailleurs toute idée de perte d’attractivité ou de fuite massive des compétences. Il affirme que les universités publiques sénégalaises figurent parmi les plus attractives de la sous-région, grâce à la qualité de leur environnement académique et à une politique de valorisation des carrières universitaires. Cette attractivité se traduirait notamment par la présence d’enseignants et de chercheurs venus d’autres pays africains et même d’Europe.
S’agissant spécifiquement de la Guinée, la tutelle rappelle que la coopération universitaire entre les deux États s’inscrit dans une logique d’intégration régionale. Un protocole d’accord signé le 23 mai 2025 prévoit la mobilité encadrée des enseignants et des étudiants entre les deux pays. Les modalités pratiques de mise en œuvre de cet accord devront être précisées par un comité de suivi et rendues publiques prochainement.
En conclusion, le ministère appelle à la responsabilité collective afin de préserver la stabilité, la crédibilité et l’excellence du système universitaire sénégalais, tout en favorisant une coopération académique conforme aux règles et bénéfique pour l’ensemble des parties.
Source : https://lesoleil.sn/