Une discipline à rude épreuve (1/3)

Une discipline à rude épreuve (1/3)

L’Éducation physique et sportive, parent pauvre du système scolaire

Inscrite dans les programmes scolaires comme un pilier du développement psychosocial de l’élève, l’Éducation physique et sportive (Eps) vit pourtant une réalité bien différente sur le terrain. Entre infrastructures inexistantes, partage de terrains de fortune et enjeux sécuritaires croissants, la pratique sportive scolaire semble reléguée au second plan dans le système éducatif sénégalais.

Considérée comme une discipline visant à former un citoyen lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué, dans le respect du vivre-ensemble, l’Eps se heurte aujourd’hui à des contraintes structurelles majeures. Dans un contexte où l’excellence académique tend à primer sur tout, le sport scolaire s’apparente à un véritable parcours du combattant.

Des infrastructures quasi inexistantes

La majorité des établissements, publics comme privés, ne disposent pas d’installations sportives conformes aux normes. À Dakar, enseignants et chefs d’établissement redoublent d’ingéniosité pour maintenir les cours, malgré un déficit criant d’espaces adaptés.

Au Cem Badara Mbaye Kaba, situé à la Biscuiterie, Youssoupha Mané, professeur d’Eps, vit un quotidien marqué par l’incertitude.

« Le manque de terrains dans les établissements est devenu un phénomène récurrent », confie-t-il.

Pour dispenser ses cours, il doit déplacer ses élèves vers le stade Madior Ndiaye ou le terrain de Niary Tally. Mais l’accès à ces espaces publics reste aléatoire. Les enseignants doivent souvent cohabiter avec des jeunes du quartier ou des clubs en plein entraînement.

« Parfois ils comprennent, parfois ils refusent catégoriquement de nous céder la place. Nous sommes alors obligés de faire cours dans l’enceinte de l’établissement, même si l’espace y est extrêmement restreint », déplore-t-il.

Cette promiscuité contraint les enseignants à improviser, à partager les rares espaces disponibles et à adapter leurs séances dans des conditions peu favorables à un apprentissage optimal.

La sécurité des élèves en question

Le déplacement des élèves hors de l’enceinte scolaire soulève un enjeu majeur : la sécurité.

Dans les établissements privés, souvent installés dans des bâtiments résidentiels transformés, la question est particulièrement sensible. Au collège Sakina l’Excellence, situé aux Hlm, les élèves doivent marcher jusqu’à la Corniche pour leurs activités sportives.

Omar Kane, directeur technique de l’établissement, souligne la lourde responsabilité qui pèse sur l’administration :

« L’élève est sous notre responsabilité de 8 heures à 17 heures. Quand ils doivent se déplacer pour aller faire cours ailleurs, un problème de sécurité se pose alors que celle-ci prime sur tout. »

Il lui arrive même d’accompagner personnellement les élèves afin de s’assurer du bon déroulement du trajet.

Ces contraintes logistiques réduisent également le temps d’apprentissage. Pour permettre aux élèves de se nettoyer avant de retourner en classe, les séances doivent être écourtées.

« Nous sommes obligés de libérer la classe 15 à 20 minutes avant la fin », précise Youssoupha Mané.

Au collège Sakina, l’organisation est minutieuse : garçons et filles sont encadrés séparément par deux enseignants afin d’optimiser le temps et l’espace disponibles. Malgré cette rigueur, les perturbations restent fréquentes : attentes prolongées, séances amputées ou cours reportés.

L’équation du foncier

La pression foncière aggrave la situation. Selon Youssoupha Mané, les rares terrains de quartier sont progressivement rénovés et transformés en surfaces synthétiques, souvent louées aux Associations sportives et culturelles (Asc) ou à des pratiquants privés.

« L’accès nous sera de plus en plus difficile, voire impossible », avertit-il.

Les enseignants appellent ainsi l’État et les collectivités territoriales à sanctuariser des espaces dédiés au sport scolaire. À défaut, la discipline risque de s’effacer progressivement des emplois du temps, au détriment de la santé et de l’équilibre psychosocial des élèves.

Quand le terrain devient source d’insécurité

Certaines écoles disposent bien d’espaces sportifs, mais doivent les partager avec d’autres établissements ou les jeunes du quartier.

C’est le cas de l’école élémentaire Ndary Niang et du Cem Amadou Trawaré, situés à Bène Tally. Après des années sans terrain dédié, un espace de quartier leur a été attribué. Mais celui-ci reste ouvert aux activités des Asc.

« Le terrain est le cœur battant des associations du quartier », explique Aïda Faye, directrice de l’école élémentaire Ndary Niang B.

Lors d’événements populaires comme les « Open press » de lutte, la situation devient particulièrement délicate.

« Pendant cette période, nous n’osons même pas nous approcher du terrain, car une insécurité totale y règne », déplore-t-elle.

Plus préoccupant encore, l’enceinte scolaire sert parfois de zone de repli pour des malfrats.

« Ils n’hésitent pas à escalader les murs pour s’échapper via le terrain de sport. Vous voyez le danger que cela représente pour nos élèves », alerte la directrice.

Face à cette situation, elle plaide pour l’aménagement d’un terrain sécurisé à l’intérieur même de l’établissement, afin de garantir la sécurité des apprenants.

Source : https://lesoleil.sn/

Category