Les forces de l’ordre déployées au campus social de l’Ucad

Les forces de l’ordre déployées au campus social de l’Ucad

La tension est montée d’un cran à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), où les restaurants du campus social fonctionnent au ralenti depuis vendredi dernier, à la suite des « Journées sans tickets » décrétées par le Collectif des amicales d’étudiants pour exiger le paiement des arriérés de bourses.

Hier, la situation a dégénéré avec l’intervention des forces de l’ordre dans le périmètre du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), aux environs de 10 heures.

Une journée de prières qui vire aux affrontements

Ce qui devait être une journée de recueillement en mémoire d’étudiants décédés lors de précédentes manifestations s’est transformé en une nouvelle séquence de tensions.

Des grenades lacrymogènes ont été tirées jusque dans les couloirs des résidences universitaires, perturbant les examens et la vie quotidienne sur le campus social. Les amicales d’étudiants dénoncent un climat « désolant et incompatible avec les études ».

Depuis plusieurs jours, la crise s’enlise. Les restaurants universitaires ne fonctionnent plus normalement, conséquence directe des « Journées sans tickets » organisées pour protester contre le non-paiement de rappels de bourses.

Dans ce contexte, les responsables étudiants affirment avoir mis en place une organisation interne de solidarité afin d’aider les étudiants les plus vulnérables, à travers des cotisations et des dons en vivres.

Réouverture avortée des restaurants

Dimanche, le Coud avait annoncé la réouverture des restaurants universitaires, sous condition de paiement par ticket.

Dès le matin, des étudiants se sont rassemblés devant certains restaurants, certains expliquant ne pas être en mesure de payer leur petit-déjeuner. La réouverture n’aura été que de courte durée : la direction du Coud a finalement ordonné une nouvelle fermeture.

C’est dans cette atmosphère tendue que le Collectif des amicales avait maintenu sa « Journée de prières ».

Selon Wally Faye, président de l’Amicale de la Faculté des Sciences juridiques et politiques (FSJP), les étudiants avaient été invités à rester dans leurs chambres, compte tenu du caractère symbolique de la journée.

« Il n’y avait pas de manifestation et personne n’était dehors », a-t-il soutenu, affirmant que l’intervention des forces de l’ordre est intervenue sans mouvement préalable.

Intervention policière et accusations de disproportion

Aux environs de 10 heures, les forces de l’ordre ont pénétré dans le campus social. Des affrontements ont éclaté, marqués par des jets de pierres et des tirs de gaz lacrymogène.

Jean-Baptiste Diatta, président de l’Amicale des étudiants de la Faculté des sciences et techniques, estime que la réponse sécuritaire est disproportionnée. Selon lui, les tirs de gaz ont poussé les étudiants à réagir, compromettant le bon déroulement des examens.

Les responsables étudiants affirment que ces événements risquent d’aggraver le climat social déjà fragile.

Des examens perturbés

Dans plusieurs facultés, les examens ont été perturbés.

À la sortie d’une épreuve à la Faculté de droit, Ameth Fall évoque « une situation déplorable » :
« On ne pouvait plus se concentrer sur nos épreuves. »

Même constat pour Khadija Kebé, qui juge l’intervention des forces de l’ordre incompatible avec la période d’examens.

Adama Sall, étudiant en informatique, estime que la responsabilité incombe à l’État, insistant sur la nécessité de régler les arriérés de bourses. Selon lui, la précarité étudiante rend difficile la prise en charge des besoins quotidiens, notamment alimentaires.

Une crise qui dépasse la restauration

Pour les amicales, la crise ne se limite pas à la question des restaurants universitaires.

« Il s’agit d’une réforme des bourses que l’État veut imposer », affirme Jean-Baptiste Diatta.

Les responsables du Collectif insistent sur leur autonomie organisationnelle et réfutent toute instrumentalisation politique. Ils précisent n’avoir « jamais lancé de cagnotte », dénonçant les collectes en ligne circulant sur les réseaux sociaux et mettant en garde contre d’éventuelles initiatives frauduleuses.

Wally Faye dénonce pour sa part une stratégie de confrontation et conteste toute accusation de sabotage ou de vandalisme. Selon lui, les précédentes « Journées sans tickets » n’ont donné lieu à aucune destruction.

Appel au retrait des forces de l’ordre

Face à l’escalade, le Collectif des amicales exige le retrait immédiat des forces de l’ordre du campus social.

« Policiers et étudiants ne peuvent pas cohabiter dans l’enceinte universitaire », soutient Jean-Baptiste Diatta, affirmant que l’État sera tenu responsable de toute conséquence future.

Les amicales se disent déterminées à maintenir la mobilisation tant que les arriérés de bourses ne seront pas réglés et que les réformes contestées resteront d’actualité.

Nos tentatives pour obtenir une réaction des autorités du Coud n’ont pas abouti.

Source : https://lesoleil.sn/

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