Dakar accueille, du 20 au 23 octobre 2026, un forum régional consacré à l’avenir de la recherche en Afrique francophone. Organisée par le Laboratoire d’analyse des sociétés et pouvoirs/Afrique-Diasporas (LASPAD) et le Global Development Network (GDN), cette rencontre réunit des chercheurs, des responsables publics ainsi que des partenaires techniques et financiers autour d’un enjeu majeur : repenser les mécanismes de financement, renforcer les capacités scientifiques et favoriser l’autonomie des institutions de recherche.
Repenser le financement et les politiques de recherche
Intitulé « Repenser le futur de la recherche en Afrique francophone : capacités, financements et synergies », le forum a été officiellement ouvert sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
Les participants entendent dépasser le simple constat des difficultés rencontrées par les systèmes de recherche pour identifier des solutions concrètes, adaptées aux réalités du continent. Les échanges doivent notamment permettre d’explorer de nouveaux modèles de financement, de consolider les capacités des institutions scientifiques et de développer les coopérations entre pays de la région.
Les travaux devraient aboutir à l’élaboration d’une feuille de route régionale couvrant la période 2026-2030, ainsi qu’à l’adoption d’une déclaration dite de Dakar.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le directeur général de la Recherche et de l’Innovation, le professeur Hamidou Dathe, a souligné l’importance de cette initiative dans un contexte où le Sénégal entend faire de la recherche un levier de développement économique.
Il a rappelé que la Vision Sénégal 2050, portée par le président de la République, place la souveraineté au cœur des politiques publiques. La recherche et l’innovation occupent également une position stratégique dans l’Agenda national de transformation, notamment à travers l’ambition de bâtir une économie prospère et compétitive. Pour le professeur Dathe, cette orientation témoigne d’un changement de paradigme.
La dépendance financière, un défi majeur pour les chercheurs
La question de l’autonomie financière des institutions scientifiques africaines a constitué l’un des principaux axes des discussions.
Selon les données présentées par les organisateurs, l’Afrique ne représente qu’environ 2 % de la production scientifique mondiale. Dans certains domaines des sciences sociales, la part des financements internationaux atteindrait jusqu’à 90 %, exposant les activités de recherche aux fluctuations de l’aide extérieure, dans un contexte marqué par le recul de certaines ressources.
Pour Francesco Obino, directeur de la recherche et des programmes du GDN, cette situation appelle une réflexion approfondie sur les conditions dans lesquelles les connaissances sont produites sur le continent.
Il a plaidé pour la mise en place de systèmes scientifiques solides, autonomes et ouverts, capables d’accompagner les chercheurs malgré les difficultés institutionnelles auxquelles ils sont souvent confrontés. Le forum doit ainsi permettre de confronter les expériences, de repérer les initiatives prometteuses et d’étudier les moyens de les déployer à plus grande échelle.
Vers une plus grande indépendance scientifique
La directrice adjointe du LASPAD, la docteure Sokhna Rosalie Ndiaye, a, pour sa part, placé l’indépendance scientifique au centre de son intervention. Elle a soulevé une question fondamentale sur le lien entre autonomie intellectuelle et dépendance matérielle : « Comment produire un savoir libre lorsque ses conditions matérielles dépendent d’autre que soi ? »
Cette interrogation résume l’un des enjeux majeurs du forum : permettre aux institutions et aux chercheurs africains de définir davantage leurs priorités scientifiques, tout en consolidant les ressources nécessaires à la production des connaissances.
À travers les échanges prévus jusqu’au 23 octobre, les participants sont appelés à dégager des pistes d’action pour renforcer durablement la recherche en Afrique francophone et favoriser des coopérations régionales mieux structurées.
Source : Le Soleil